A)
Pour
quelle raison considérez vous que vous êtes un agitateur du web ?
Internet étant passé d’espace de promotion de mes
écrits à élément essentiel dans ma démarche créatrice, il m’a fallu le définir.
Et j’ai préféré AGITATEUR à INNOVATEUR, agitateur
dans le sens « instrument servant à remuer »... mais nullement dérangé
par l’autre sens plus sulfureux !... toute transformation du monde est
considérée par certains comme un trouble au monde figé !... Je comprends que
ce soit fondamentalement TROUBLANT et INQUIETANT pour des situations acquises,
dans la chanson comme dans l’édition mais aussi ailleurs... en quelques jours une
idée peut être transformée en réalité... et en plus sans la barrière habituelle
de l’argent !... Ainsi je suscite des troubles dans le milieu de l’édition
en offrant la version numérique de mes livres, en introduisant la notion de
« droit d’auteur dérivé » avec la publicité ...
B)
Quel
est votre véritable nom ? Petit ? Ternoise ?
Je suis né Jean-Luc Petit en 1968... mais un auteur du
même nom était déjà membre de la sacem lors de mon admission, il m’a donc été
demandé un pseudonyme... ce qui correspondait aussi à une période où, après cinq
livres publiés sous Jean-Luc Petit je me posais la question du pseudonyme,
englobée dans la question plus vaste du « comment continuer ?
», « pourquoi continuer ? »
C)
D’ou
etes vous originaire ?
D)
Pourquoi
vous etes vous installer à Montcuq ?
Je suis originaire du Pas-de-Calais, j’y ai vécu
jusqu’à l’âge de 25 ans, avec deux brèves parenthèses, l’une à Reims
(Champagne) pour raison professionnelle, l’autre à Douai (Nord)... pour raison
sentimentale...
Quand j’ai choisi de me consacrer à la littérature,
j’ai cherché une région alliant douceur climatique, environnement épargné et
prix abordable...
E)
Avez
vous suivi des cours d’informatique ? des cours d’internet pour vos
sites ?
De 20 à 25 ans, après un BTS services informatiques,
j’ai travaillé dans le service informatique d’une société d’assurance... ce qui
m’a énormément appris... sur les humains aspiré par la routine !...
La technique informatique : je l’ignorais
totalement en 1988 après quatre années d’études prétendues informatiques
(c’était l’époque où les professeurs découvraient le programme en même temps
que les élèves), j’ai donc appris « sur le tas », cherchant dans les
documents suivant ce que je devais réaliser... mais j’ai rapidement compris
n’être pas fait pour cette vie (d’ailleurs mes remarques littéraires choquaient souvent !...)
POUR INTERNET, ce fut donc la même chose !...
j’ignorais tout de la technique informatique quand j’ai réservé www.textesdechansons.com en juin
2000, tout simplement parce que j’avais cherché un site pour présenter des
textes de chansons, rencontrer des compositeurs et interprètes, et n’en ayant
pas trouvé, je me suis lancé...(115 auteurs désormais présentent leurs textes)
La technique informatique n’est qu’un MOYEN, seuls
l’idée du site, le raisonnement de la forme, sont importants... sur de nombreux
forums il suffit même de poser une question pour obtenir la solution !...
F)
Combien
avez vous de sites. En avez vous d’autres en projet ? si oui,
lesquels ?
Je suis arrivé à une quarantaine de domaines, dont
la moitié réellement actifs (visités et mis à jour régulièrement).
Je crois avoir atteint l’extrême limite ! je
suis avant tout ECRIVAIN... internet ne doit absorber tout mon temps !
D’autres sites, ce ne serait pas raisonnable... sauf
si demain une idée me semble essentielle à l’ensemble !...
G)
Depuis
quand Ternoise.net existe t’il ? Combien de connexions par jour ?
www.ternoise.net
a été réservé en avril 2001... pour être le portail de l’ensemble des sites et le
site présentant mes propres créations... (il évoque depuis l'affaire PARU VENDU HERSANT)
L’ensemble dépasse les 5 000 visiteurs par jour...
H)
Comment
faites vous pour proposer des sites gratuit ?
Je vis pauvrement !... et avec des tensions avec
certaines administrations
Nous sommes encore à une époque où internet est en
construction. Est-ce que la France saura saisir cette opportunité ? (il
est regrettable qu’en France les innovateurs soient victimes de ceux qui n’ont
aucune imagination...)
Je n’ai jamais pensé « passer au payant »...
les sites existent car ils apportent UN PLUS... et si ce plus est limité par un
accès payant il perd une grande partie de sa raison d’être...
Il s’agit de faire autrement... bouleverser « la
sélection par l’argent »... quelques personnes ne voient pas l’intérêt des
sites si ça ne rapporte pas de l’argent !... ce qui est très significatif de
leur rapport à la vie...
Si j’avais visé une « réalisation par
l’argent » je me serais auto-censuré, nié, et serais devenu petit chef
dans une grande entreprise ou une administration !
C’est un choix de vie... et vivre en conformité avec
ses idées est souvent difficile...
(les gens n’aiment pas que ,l’on suive une autre
route qu’eux... Brassens)
Est-ce que la gratuité (qui plus est avec des
hébergements de qualité donc payants) est un modèle économique
viable grâce à la publicité ? Au delà du résultat immédiat, je tiens
compte aussi des avancées obtenues grâce à internet surtout dans la chanson
(exemple : projets avec des artistes Etats-Unis, Suisse, Belgique,
Cameroun) ...
I)
Etes
vous seul webmaster au commande ? Si non, parlez nous des autres ?
Quelques mois j’ai bénéficié d’un hébergement
gratuit et de l’aide d’un informaticien « professionnel »... j’avais
naturellement « laissé faire » mais un site doit être très
réactif et concilier les approches forcément différentes fait perdre trop de
temps ...
Je cite parfois Léo Ferré : « la pensée
mise en commun est une pensée commune ». J’ajoute : c’est les
compétences qu’il faut ajouter (ce qui arrive parfois dans la chanson)
J)
Venons
en a votre webzine, quels sont les principaux objectifs ? Nombre
abonné ?
Le numéro 35 du mensuel www.lewebzinegratuit.com (28 août)
a été envoyé à 16 736
abonnés
Le premier objectif du mensuel, qui s’appelait alors
« Textesdechansons.com : LE JOURNAL » était, en novembre 2000, d’être un relais, un contact avec les
utilisateurs et visiteurs du site...
A 23 - 24 ans, j’avais eu l’envie de créer un journal, sur
Arras, j’avais rencontré quelques partenaires potentiels (je bénéficiais alors
de la bonne réception de mes deux premiers livres) mais avais finalement
abandonné face aux difficultés... à l’équation économique... je souhaitais un journal culturel gratuit
(ce qui se faisait alors en Angleterre) financé par la publicité...
En novembre 2000, c’était donc un peu la concrétisation de
ce projet... j’espérais un jour dépasser les 5000 abonnés !...
www.lewebzinegratuit.com
est devenu une opportunité pour des créateurs souvent connus dans leur région
mais passant difficilement dans la presse nationale (déjà parce qu’ils n’ont
pas... d’attachée de presse !...)
L’objectif : plutôt que d’essayer d’ouvrir des
portes... créer d’autres portes... chaque mois, une interview (j’ai ainsi réalisé
la seule interview de Georges Coulonges sur internet) ; des informations
chanson / édition, l’évolution des sites, mes réactions face à l’actualité
nationale...
* Niveau chanson, combien en
avez vous écrit ?
Environ 300 textes, donc une centaine « mis en musique », dont 26 sont
en diffusion (cd, scène, radio ; avec Sami Rama, Pierre Galliez, Gérald
Devaux, Magali Fortin).
Trois albums où j’ai écrit l’intégralité des textes
sont prêts à sortir... mais les retards sont d’ordre financier... trouver le budget
dans une période difficile pour les créateurs...
K)
Si
vous deviez en sortir une du lot, laquelle et pourquoi ?
Qu’une fois, un texte « non engagé », sentimental, ça
m’arrive aussi ! Le texte qui influe le plus sur mon présent, par de
nombreux contacts...
Un
texte chanson d’amour... qui a sept versions musicales, une dizaine d’interprètes
intéressés... et toujours « en attente »...
De
nombreux interprètes sont victimes du syndrome « télé réalité »,
voudraient être stars, sont ainsi déconnecté de la réalité du travail
artistique, passent donc ainsi à côté de leur potentiel (plus dur sera le
réveil !...)
L)
Racontez
nous cette étonnant exploit : une victoire de la musique au burkina ?
Ayant été le premier auteur retenu au
« chantier » des Francofolies de La Rochelle (avant furent retenus
uniquement des interprètes et leur groupe), Jean-Louis Foulquier m’a invité en
juillet 2000 au Francofolies... SAMI RAMA y était pour avoir remporté le prix de
la Francophonie en Afrique... et sur une cinquantaine de contacts, c’est avec
elle que tout est allé le plus vite : son album était prêt... et elle m’y a
fait une place, pour un texte écrit à La Rochelle, né de nos
dialogues, « Afrique –
Occident », le regard de chaque côté, les incompréhensions...
Le message : « pas oublier mais assumer
notre passé » ...
M)
Niveau
livre : combien en avez vous écrit ? votre favori ?
Sept livres publiés. Le favori ? les quatre
prochains !
C’est à dire ceux du présent pour moi, soit le
prochain à publier, le deuxième roman en phase « dernière relecture »
(qui serait déjà publié sans les problèmes administratifs !) ; puis
un essai sur l’édition en cours d’écriture, les suivants en accumulation de
notes et références...
N)
Avez
vous le dégoût des éditeurs pour militer pour l’autoproduction ?
( www.ternoise.info
estn désormais le blog de Ternoise, politique, chansons...)
En édition comme en chanson, je soutiens le versant
« indépendant », avec un distinguo essentiel : en musique, quand
une major ou un producteur indépendant signe un artiste, il le fait vivre
(soutien aux scènes, télé, radio), il apporte un plus... (j’ai d’ailleurs de bons
contacts avec les producteurs indépendants, ayant réalisé la promotion sur
internet de quelques artistes...)
Tandis que dans l’édition, l’éditeur
« classique » n’a pas ce souci : il est communément admis qu’un
écrivain doivent vivre d’autre chose (journaliste, prof, retraite...)...
Pour ces éditeurs, « être publié » devrait
être considéré comme un honneur !... les éditeurs osent même prétendre
séparer « le bon grain de l’ivraie »... alors qu’ils n’ont aucune
justification, ni historique ni de qualité (inutile de donner des exemples...)
Mais aucun dégoût : si un auteur souhaite par
exemple associer son nom à celui d’un marchand d’armes (parce que le marchand
d’arme possède de nombreux éditeurs et des médias, un réseau de distribution
performant...) , et qu’en plus il n’en vit pas : c’est son choix !
Je suis d’accord pour vivre pauvrement mais pas pour
en même temps faire vivre des intermédiaires (Balzac a raisonné de même !...
il a repris une imprimerie... mais la faillite...)
Je crois autre chose possible, mais l’auto-édition
littéraire n’a d’avenir que s’il peut avoir une audience dépassant la région de
l’auteur (alors que pour l’auto-édition de livres historiques par exemple une
audience régionale peut suffire)
Ainsi www.auto-edition.com
est un site militant, avec l’aphorisme : l’auto-édition est l’avenir de
l’édition
Le problème est d’ordre politique : les
éditeurs reçoivent des aides au nom de la culture et les écrivains non... ce qui
est assez contradictoire...
O) Niveau théâtre, combien de pièces ?
Une pièce publiée, non jouée... la pièce est disponible sur internet, circule ainsi... je ne fais pas d’autres efforts pour qu’elle soit jouée ! Trois quatre autres pièces sont « en idée »...
Mais le milieu du théâtre est assez figé : 90% des pièces jouées sont du patrimoine (auteur décédé) résultat de l’absence de politique de soutien à la création (soutenir les troupes, c’est bien... mais oublier qu’à la base il doit y avoir un auteur... est très significatif de l’état de la culture en France...)
En résumé : fondamentalement, rien n’a changé depuis des décennies : le créateur est confronté à la mainmise des marchands sur la culture (avec glorification des disparus...)...
La réelle nouveauté, opportunité est sur internet, cette possibilité de toucher immédiatement le plus grand nombre (si Balzac avait connu cette possibilité, il n’aurait sûrement pas fait faillite !...)